« Lâche prise. » On te l'a peut-être déjà dit, et tu as sans doute remarqué que l'entendre ne suffit pas à le faire.
Lâcher prise, c'est arrêter de dépenser ton énergie à retenir ce qui ne dépend pas de toi : la réaction de quelqu'un, l'issue d'une situation, une pensée qui revient en boucle. Tu continues d'agir là où tu peux agir, et tu arrêtes de serrer les poings sur le reste. Voici deux façons concrètes de t'y exercer : une courte méditation guidée qui passe par le corps, puis un exercice d'écriture pour regarder une inquiétude en face.
Ce que lâcher prise veut dire
L'idée est ancienne. Le Manuel, qui rassemble l'enseignement du philosophe stoïcien Épictète, s'ouvre sur une distinction entre ce qui dépend de nous, nos jugements, nos désirs, nos actions, et ce qui n'en dépend pas, comme le corps, les biens ou la réputation. C'est encore un bon point de départ : avant de lâcher quoi que ce soit, regarde ce que tu tiens et si tu as vraiment prise dessus.
Lâcher prise ne veut pas dire que la situation ne compte plus pour toi. Tu peux tenir à quelqu'un, espérer qu'un projet aboutisse, redouter un rendez-vous médical, et cesser pourtant de te répéter le film de tout ce qui pourrait mal tourner. Ce qui change, c'est la quantité d'énergie que tu y laisses.
Pourquoi on n'y arrive pas en se le disant
Quand quelque chose t'inquiète, ton esprit essaie de te protéger en tournant autour du problème. Il refait la conversation, cherche la bonne réponse, anticipe les scénarios. Se dire « arrête d'y penser » revient souvent à y penser encore plus, parce que tu dois garder la pensée en tête pour vérifier qu'elle est partie.
Le corps suit le même mouvement. Une préoccupation qui dure se loge souvent quelque part : la mâchoire qui se serre, les épaules qui montent, le ventre qui se noue, les mains crispées sur le téléphone. C'est pour ça que la méditation qui suit commence par le corps. Relâcher un muscle est un geste que tu sais faire, et il donne à ton esprit une image concrète de ce que veut dire « lâcher ».
Une méditation guidée pour lâcher prise
Lis l'exercice une ou deux fois, puis fais-le les yeux fermés, à ton rythme. Compte une dizaine de minutes. Si tu préfères, tu peux t'enregistrer en train de lire les étapes lentement et réécouter ta propre voix.
Le geste des poings qui se ferment puis s'ouvrent s'inspire de la relaxation progressive, une méthode que le médecin américain Edmund Jacobson a décrite dans son livre Progressive Relaxation, paru en 1929 : contracter un muscle quelques secondes rend son relâchement plus facile à sentir.
- Installe-toi. Assis, le dos droit sans être raide, les pieds à plat sur le sol, les mains posées sur les cuisses, paumes vers le bas. Ferme les yeux.
- Allonge un peu tes expirations. Pendant quelques respirations, inspire normalement par le nez en laissant le ventre se gonfler, puis expire par la bouche, un peu plus longtemps que l'inspiration, sans forcer.
- Ferme les poings. En inspirant, serre doucement les poings, sans te faire mal, et garde-les serrés trois ou quatre secondes. En expirant, ouvre les mains et retourne-les, paumes vers le ciel. Fais-le trois fois, en remarquant la différence entre la main qui serre et la main qui s'ouvre.
- Parcours ton corps. Porte ton attention sur ta mâchoire et laisse-la se desserrer à l'expiration, les dents légèrement écartées. Puis tes épaules, que tu laisses redescendre. Puis ton ventre, que tu laisses se relâcher au lieu de le retenir.
- Pense à ce qui te préoccupe. Laisse venir la situation qui t'occupe en ce moment, sans la détailler. Referme doucement les poings en inspirant, comme si tu la tenais. En expirant, ouvre les mains. Tu ne jettes rien et tu ne règles rien : tu arrêtes juste de serrer pendant ce moment-là. Si une phrase t'aide, dis-toi intérieurement « je n'ai pas besoin de tenir ça maintenant ».
- Reste les mains ouvertes. Respire tranquillement pendant quelques minutes. Les pensées vont revenir, c'est normal. Chaque fois que tu t'en aperçois, laisse-les passer comme le bruit de la rue derrière une fenêtre, et ramène ton attention sur le contact de l'air sur tes paumes.
- Reviens doucement. Bouge les doigts, puis les pieds, et ouvre les yeux. Avant de te lever, note un mot ou une phrase sur ce que tu as remarqué, même si c'est « rien de spécial ».
Il arrive qu'une séance ne change rien à ton état, et qu'une autre t'apaise davantage. C'est en la refaisant que le geste devient familier, au point que tu pourras ouvrir les mains discrètement en pleine journée, dans une réunion ou dans le métro.
Un exercice d'écriture : aller au bout du scénario
Quand une inquiétude tourne, elle s'arrête rarement à la fin de l'histoire. Elle repasse en boucle la partie qui fait peur. Écrire t'oblige à aller plus loin que ce passage et à voir ce que tu ferais vraiment. Prends une feuille ou un carnet et compte quinze minutes.
- Choisis une seule situation. Une seule, celle qui revient le plus souvent dans ta tête en ce moment.
- Écris ce que tu crains, jusqu'au bout. Pendant cinq minutes, écris ce qui pourrait arriver, sans te censurer et sans soigner ton style. À chaque phrase, demande-toi « et ensuite ? » et écris la suite.
- Réponds à ton propre scénario. Relis-le, puis écris : si cela arrivait vraiment, quelle serait ma première action ? À qui pourrais-je en parler ? Qu'est-ce que j'ai déjà traversé de comparable, et comment m'en suis-je sorti ?
- Trie ce qui reste. Termine par deux lignes : une chose que tu peux faire cette semaine pour cette situation, et ce qui, pour l'instant, ne dépend pas de toi.
Le but est de voir la suite de l'histoire, pas de te prouver que tout ira bien. En écrivant, tu te rends souvent compte que tu as plus de ressources que ce que l'inquiétude te laissait voir, et que ce qui ne dépend pas de toi peut attendre sans que tu le surveilles en permanence. Si l'exercice fait monter une émotion trop forte, arrête-toi, pose la feuille et reviens à ta respiration.
Quelques précautions
Ces pratiques sont des exercices de bien-être. Si une inquiétude t'empêche de dormir, de manger ou de travailler depuis plusieurs semaines, ou si tu traverses une période très difficile, parles-en à ton médecin ou à un psychologue. Lâcher prise ne veut pas dire porter seul ce qui est trop lourd. Si la tête te tourne ou si une gêne apparaît pendant la respiration ou en serrant les poings, reprends une respiration normale et arrête-toi. En cas de problème cardiaque ou respiratoire, demande d'abord l'avis de ton médecin.
Aller plus loin avec un programme
Lâcher prise demande souvent de regarder d'abord ce que tu portes. Dans Renaissance intérieure, la troisième semaine est consacrée à ça : ce que tu portes, les pensées qui te freinent, ce que tu choisis et ce que tu subis. La cinquième semaine travaille sur l'acceptation de ce que tu ne contrôles pas, avec des exercices d'écriture et une méditation guidée.
Cinq semaines pour regarder ce que tu portes et décider de ce que tu gardes ou laisses derrière toi. Découvrir Renaissance intérieure